Depuis que l'administration Trump s'est mise à couper tous azimuts dans les budgets de ses principales agences scientifiques, certains administrateurs d'universités québécoises mais aussi canadiennes se surprennent à rêver à voix haute : pourquoi ne pas profiter de cette « crise » pour attirer les « meilleurs cerveaux » américains, désormais érigés en « rempart contre les dérives autoritaires » ?
Ces déclarations à l'emporte-pièce font toutefois comme si les chercheurs et professeurs d'universités évoluaient sur un marché de l'emploi homogène. Elles attribuent ce faisant aux universités québécoises le pouvoir magique d'attirer des scientifiques qui évoluent pourtant au sein d'institutions disposant de moyens matériels et humains sans commune mesure aux leurs.
Un marché profondément hiérarchisé
Tous deux professeurs d'histoire des sciences, respectivement à l'Université du Québec à Trois-Rivières et à l'Université du Québec à Montréal, nos travaux portent depuis plusieurs années sur les transformations de la recherche scientifique.
Il nous parait donc opportun de rappeler que toutes les études sociologiques qui s'intéressent aux dynamiques de l'emploi universitaire, que ce soit aux États-Unis, au Canada ou en Chine, arrivent à la même conclusion : ces marchés sont très fortement hiérarchisés et inégalitaires.