Un nouveau rapport d'Universités Canada et de l'Association canadienne du personnel administratif universitaire (ACPAU) met en garde contre les pressions financières croissantes qui pèsent sur les universités du pays et minent la capacité du Canada à former les talents, à soutenir la recherche et l'innovation, et à demeurer concurrentiel dans une économie mondiale en rapide mutation.
Bien que le Canada cherche à améliorer sa productivité, sa main-d'œuvre et son positionnement dans des secteurs stratégiques, le rapport conclut que le système qui soutient les universités - et le potentiel qu'elles offrent à la population canadienne - est soumis à des tensions grandissantes. Le financement public ne suit pas la hausse des coûts, les besoins en infrastructures s'accentuent et la demande pour les études universitaires continue de croître.
Les enjeux dépassent largement le cadre universitaire. À l'heure où le gouvernement fédéral poursuit ses priorités en matière de développement de la main-d'œuvre, de souveraineté technologique et de capacité de défense, les universités jouent un rôle essentiel dans la formation des talents, le soutien à la recherche et la collaboration avec les secteurs public et privé partout au Canada.
Le rapport cerne des leviers concrets à intégrer dès maintenant dans les politiques gouvernementales pour renforcer durablement la viabilité du secteur, notamment deux mesures clés : un allègement fiscal ciblé - le remboursement intégral de la TPS/TVH aux universités -, et une amélioration de la coordination et de la prévisibilité des politiques en matière de talents, de compétences et d'immigration.
À défaut d'agir, prévient-on dans le rapport, ces pressions risquent à long terme de restreindre l'accès aux études, d'affaiblir la capacité de recherche et de miner la résilience économique du Canada. En outre, sans une action concertée pour combler ces lacunes, le pays s'expose à une grave pénurie de talents, notamment à un manque anticipé de plus de 100 000 médecins et de près de 500 000 infirmières et infirmiers d'ici 2033. D'ici 2040, le Canada pourrait aussi devoir accueillir jusqu'à 500 000 étudiantes et étudiants universitaires supplémentaires, une hausse substantielle qui mettra à l'épreuve la capacité du secteur à répondre aux besoins de domaines clés très sollicités, comme la santé, l'éducation et la technologie.
Depuis octobre, Universités Canada et l'ACPAU ont réuni des dirigeantes et dirigeants de partout au pays - rectrices et recteurs, vice-rectrices principales et vice-recteurs principaux, et vice-rectrices et vice-recteurs - afin de cerner les difficultés actuelles et de proposer des solutions concrètes pour assurer la viabilité financière des universités canadiennes et leur capacité à poursuivre leur mission.
« Si le Canada veut se démarquer dans un monde en constante mutation, il doit investir dans sa population et donc, dans ses universités, a déclaré Gabriel Miller, président-directeur général d'Universités Canada. Le milieu universitaire est essentiel au développement des talents, à la capacité de recherche et à la prospérité économique du pays. Si on veut qu'il continue à fournir au Canada les talents, les travaux de recherche et l'innovation nécessaires dans des secteurs comme l'intelligence artificielle, la santé, l'énergie et la défense, on devra renouveler le soutien public qui lui est accordé. »
« Ces pressions sont désormais bien réelles, a indiqué Nathalie Laporte, directrice générale de l'ACPAU. Elles ont déjà de vastes répercussions sur la capacité du système, que ce soit sur le plan de la formation de la main-d'œuvre, de la recherche ou des infrastructures. Il faut maintenant adopter une approche mieux coordonnée entre les gouvernements et les établissements afin d'alléger les pressions financières, de renouveler les infrastructures, d'améliorer la planification à long terme et de créer les conditions propices à l'innovation et à l'adaptation. Sans changement de cap, on risque de miner l'une des plus grandes richesses du Canada. »
En plus de solliciter le soutien de l'administration publique, le secteur universitaire se transforme de l'intérieur. Le rapport s'inscrit dans une initiative nationale visant à appuyer les établissements dans la modernisation de leurs systèmes et pratiques organisationnelles, l'adaptation de leurs modèles universitaires et administratifs, et le renforcement de la pérennité de leur mission.
Universités Canada et l'ACPAU poursuivront leur collaboration avec les établissements et les gouvernements afin d'adopter des solutions concrètes qui favorisent la résilience et permettent aux universités de répondre aux besoins d'un Canada en croissance et en transformation.
Citations :
« Si le Canada veut renforcer sa productivité et sa capacité d'innovation, il doit pouvoir compter sur des universités financièrement viables. Nos universités ont démontré qu'elles savent s'adapter et innover, mais elles ne peuvent porter seules le poids financier pour y arriver: il faut des leviers publics structurants et pérennes pour garantir l'accès aux études supérieures, la capacité de recherche et d'innovation, la formation des talents d'ici et d'ailleurs et le développement des collectivités. »
Christian Blanchette, Président du Conseil d'administration du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) et recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières
« Les universités canadiennes jouent un rôle essentiel dans la formation des talents, l'avancement de la recherche et le renforcement à long terme de l'économie, a déclaré Christina Zacharuk, présidente-directrice générale du Conseil des universités de recherche de la Colombie-Britannique. Dans cette optique, une meilleure coordination entre les gouvernements et les universités sera cruciale pour renforcer les capacités et permettre au Canada de continuer à développer les talents, la recherche et l'innovation dont il a besoin pour demeurer concurrentiel dans un monde en rapide évolution. Investir dans les universités, c'est investir dans l'avenir du Canada. »
Christina Zacharuk, Présidente-directrice générale, Conseil des universités de recherche de la Colombie-Britannique
« L'investissement récent de 6,4 milliards de dollars du gouvernement de l'Ontario dans l'enseignement postsecondaire constitue une avancée à la fois bienvenue et essentielle pour renforcer la viabilité à long terme de nos universités. Il s'agit d'une reconnaissance de leur rôle clé dans la formation des talents, la recherche et la croissance économique. Ce rapport met en lumière les pressions financières auxquelles les établissements ont dû faire face au fil du temps, notamment dans un contexte d'augmentation des inscriptions et de vieillissement des infrastructures. En continuant d'investir dans ses universités, l'Ontario investit dans une main-d'œuvre qualifiée, dans sa capacité d'innovation et dans sa compétitivité mondiale qui porteront l'avenir de la province. »
Steve Orsini, Président-directeur général, Conseil des universités de l'Ontario (CUO)
« Les universités de l'Atlantique jouent depuis longtemps un rôle clé dans la formation de la main-d'œuvre de la région. La diminution des inscriptions d'étudiantes et étudiants internationaux, l'ampleur de l'arriéré en entretien différé, la hausse des coûts et la stagnation du financement ont exercé des pressions financières importantes pour les 16 universités du Canada atlantique. Les universités de la région continuent de chercher des moyens de collaborer, de gérer leurs dépenses et de faire bon usage de leurs ressources, tout en offrant aux étudiantes et étudiants des occasions d'apprendre, de s'épanouir et de contribuer à l'économie régionale. Nos universités souhaitent travailler en concertation avec leurs partenaires du marché du travail, ainsi qu'avec les gouvernements fédéral et provinciaux, pour faire en sorte qu'elles puissent continuer à répondre aux besoins croissants du Canada atlantique en matière de main-d'œuvre. »
Andrew Hakin, Président, Association des universités de l'Atlantique (AUA)







